L’exposition multiple

L'exposition multiple

Lors de mes expositions, certaines légendes de mes tirages interloquent régulièrement les visiteurs : « Vous marquez que vous avez réalisé cette image grâce à une double exposition, qu’est-ce que c’est ? ».

Une technique qui existait déjà du temps de l’argentique

Avant toute chose, je tiens à préciser que l’exposition multiple n’est pas une énième « folie » permise par les reflex numériques. Cette technique existait déjà du temps de l’argentique!
A l’époque cela consistait simplement à ne pas déplacer le film entre les prises de vues. Les images se superposaient alors sur une même photo. 
Aujourd’hui avec les réflex numériques, le logiciel interne au boîtier va superposer les images prises à la suite (s’il dispose de cette fonction). 
Vous pouvez alors superposer 2, 3, 4, jusqu’à 9 images avec le canon EOS 6D mark II par exemple. 

Ce que l’exposition multiple permet de faire

A ce stade de la lecture, vous vous demandez certainement quel est l’intérêt de cette fonction. Je résumerai cela en une phrase :
l’exposition multiple est une source de créativité infinie !

Cela permet par exemple :

  • D’ajouter des éléments sur une image et ainsi donner plus de relief à un bokeh (arrière-plan esthétique flou) qui en manquait. 

Ici j’ai utilisé une double exposition pour ajouter les halos sur la gauche de la tige. En prise de vue classique le fond serait beaucoup plus “lisse” et moins intéressant.

 
  • « Gommer » à la prise de vue des éléments gênants.

La double exposition m’a permis de gommer en partie les tiges qui étaient trop présentes sur la gauche de l’image.

  • A l’inverse, on peut également multiplier un élément sur une même image pour apporter un côté graphique comme a pu le réaliser Fabien Dubessy sur sa photo « attrape rêve »
    (1er prix de la catégorie Ois’Art concours Emotion’Ailes 2019).

Fabien a ici multiplié le même arbre sur une même image grâce à l’exposition multiple. 

  • L’un des exemples les plus courants est la formation d’un effet silhouette comme sur cette superbe image de chamoix de Bastien Riu.

Lors d’une exposition multiple, selon les réglages choisis, les teintes claires peuvent s’additionner et donner ce style d’effet silhouette.  

 

Comment j’utilise l’exposition multiple pour la macrophotographie sur le terrain ?

 

Réglages du boîtier :

Si votre boîtier dispose de cette fonction vous la trouverez rapidement en fouillant les divers menus de votre reflex ou en explorant le mode d’emploi. 

En plus d’indiquer le nombre d’expositions que vous souhaitez réaliser, votre boîtier propose deux options possibles : « avec gain » ou « sans gain ». La première option consistera à superposer telles quelles les différentes expositions sans compensation automatique. Pour schématiser, si par exemple sur une même zone de l’image vous prenez à la suite deux zones claires, alors elles s’additionneront et pourront provoquer une zone « cramée ». Il est alors conseillé d’appliquer une correction d’exposition lors des différentes prises de vues : -1IL pour une double exposition, -1,5IL pour une triple expo, -2IL pour une quadruple exposition, …

La deuxième option « avec gain » appliquera automatiquement une correction d’exposition au fur et à mesure que vous prenez les images pour obtenir une exposition standard.
Sur certain boîtier, vous pourrez également avoir deux options supplémentaires « lumineux » ou « sombre ». Ces options permettent d’indiquer si vous souhaitez plutôt conserver les hautes ou basses lumières.

Pour ma part, j’aime avoir la main sur l’image que je suis en train de réaliser, je règle donc toujours sur « sans gain ».

Autre réglage fortement utile : la visée par l’écran !
En plus d’éviter de me tordre le cou dans tous les sens lorsque je tire le portrait de mes petites bestioles de 6 ou 8 pattes, cela permet de visualiser en direct les superpositions d’images. Très pratique !

Pour tirer le portrait de ce scarabée rhinocéros je me suis placé au ras du sol pour pouvoir bénéficier du coucher de soleil en arrière-plan. La double exposition m’a permis d’ajouter les teintes orangées à l’image.

Prise de vue :

En général, j’utilise l’exposition multiple sur des images en ombre chinoise pour travailler le bokeh ou supprimer des éléments de la scène (la base des tiges par exemple). J’utilise la végétation en arrière-plan qui filtre la lumière du ciel et provoque des halos lumineux. Je commence alors la plupart du temps la série en prenant la silhouette de l’insecte se découpant sur une zone lumineuse de l’arrière-plan et je sous-expose à la prise de vue pour renforcer l’effet d’ombre chinoise.

Après cette première image, je me décale pour ajouter des teintes en arrière-plan. Pour cela je me sers encore une fois de la végétation environnante et je me focalise sur les percées de lumière. Je déplace alors l’appareil et la mise au point pour placer au mieux les différentes zones de lumière intéressantes dans mon arrière-plan. Je fais attention à ne pas trop superposer des zones claires sur l’insecte, cela diminuerait le contraste sur la silhouette. Et comme expliqué plus haut je fais attention à ne pas trop superposer les différentes zones claires pour ne pas les « cramer ».

Sur cette image j’ai réalisé une quintuple exposition afin de retranscrire toute la palette de couleur qu’offrait le coucher de soleil au moment où je tirais le portrait de ce diablotin.

Et en postproduction ?

Comme pour la prise de vues classique les réglages que j’effectue ne sont pas excessifs, tout est réalisé à la prise de vue. Je me limite aux réglages de base : recadrage, contraste, saturation des couleurs.

JPEG brut issu d’une triple exposition

L’idée est juste de réajuster l’image de manière à retrouver les teintes observées sur le terrain. La superposition des différentes couches d’images peut effectivement atténuer les teintes du bokeh et le contraste de la silhouette bien que vous ayez fait attention lors de la prise de vue.

JPEG après traitement sur photoshop 

Le petit plus pour aller plus loin dans la macrophotographie créative

Maintenant que vous connaissez un peu plus la technique, imaginez qu’entre les différentes prises de vue qui composeront votre image, vous pouvez jouer sur à peu près tous les paramètres (vitesse, ouverture, balance des blancs, utilisation du flash, …).

Les possibilités sont multiples, il faut juste tenter !

Sur cette image j’ai par exemple dans un premier temps pris la silhouette de l’ascalaphe sur son support et ensuite j’ai utilisé une pose longue en déplaçant mon boîtier pour ajouter un filé de halos lumineux.

Remerciements

Je ne m’étais jamais réellement intéressé à l’exposition multiple jusqu’à ce que je discute de cette technique avec Arnaud Nédaud autour de son exposition « Rêves de Nature « lors de la 4ème édition du salon Mont d’ Or Photos. J’avais entendu vaguement parler de cette technique via la presse spécialisée mais mes premiers essais étaient peu concluants. J’ai donc essayé de retranscrire ici ce qu’est j’ai appris depuis mars 2018. Merci beaucoup Arnaud pour cet échange.

Je souhaitais également remercier grandement Fabien et Bastien de m’avoir autorisé à utiliser leurs images pour illustrer cet article.

Si vous ne connaissez pas encore le travail de ces 3 photographes il va falloir remédier rapidement à cela !

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Un commentaire

  1. Merci pour toutes les explications.
    Le mieux c’est d’essayer, ça deviendra vite plus clair !
    Et puis merci aussi pour l’idée.
    Je l’avais fait il y a trrrrrès longtemps du temps de l’argentique, mais jamais essayé en numérique.
    Yapuka.

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